Comprendre les 4 Strates du Jardin-Forêt : Physiologie, Biologie et Optimisation de l’Espace
Un jardin-forêt reproduit la structure naturelle des forêts en créant un écosystème productif à plusieurs niveaux. Cette approche permacole permet d’optimiser l’espace en trois dimensions, du sol jusqu’à la canopée, tout en favorisant une production alimentaire diversifiée.
La classification des végétaux en quatre strates principales se base sur leur morphologie et leur tendance de croissance :
- Les arbres (strates hautes)
- Les arbustes (strates intermédiaires)
- Les arbrisseaux (petits arbres buissonnants)
- Les buissons (strates basses et couvre-sol)
Chacune de ces strates a une architecture particulière, influencée par deux tendances biologiques essentielles :
- L’acrotonie : dominance apicale qui favorise la pousse vers le haut et la formation d’un tronc unique (ex : arbres et arbustes).
- La basitonie : dominance des bourgeons basaux qui favorise un port buissonnant ou en cépée (ex : noisetier, ronces).
Voyons en détail ces différentes strates et comment elles s’organisent pour optimiser la lumière, la biomasse et la production alimentaire.
La Strate des arbres (plus de 7 mètres) : Les géants du Jardin-Forêt

Caractéristiques physiologiques :
- Acrotonie forte : croissance verticale prioritaire avec un tronc unique dominant.
- Ramification haute : les branches se développent surtout au sommet pour capter un maximum de lumière.
- Racines profondes : capacité à puiser l’eau et les nutriments en profondeur.
Rôle dans le Jardin-Forêt :
- Créer un microclimat protecteur en atténuant le vent et en maintenant l’humidité.
- Permettre l’étagement de la lumière, en laissant filtrer une partie du rayonnement vers les strates inférieures.
- Produire des fruits, des graines ou du bois.
Exemples d’espèces :
Châtaignier, Noyer, Pacanier, Chêne à glands comestibles, Amandier de l’Himalaya, Cormier, Poirier franc, Pommier franc.
La Strate des Arbustes (3 à 7 mètres) : Les colonisateurs de la lumière diffuse

Caractéristiques physiologiques :
- Acrotonie modérée : tendance à former un tronc unique, mais avec une ramification plus basse.
- Ramification intermédiaire : favorise la production de fruits accessibles.
- Système racinaire mixte : plus superficiel que les arbres, il exploite la couche médiane du sol.
Rôle dans le Jardin-Forêt :
- Occuper l’espace sous la canopée des arbres tout en recevant encore suffisamment de lumière.
- Servir d’interface entre la strate haute et les buissons, optimisant l’utilisation verticale de l’espace.
- Produire des fruits, souvent plus accessibles que ceux des grands arbres.
Exemples d’espèces :
Pêcher, Prunier, Cerisier, Kaki, Abricotier, Néflier, Cognassier, Amélanchier.
La Strate des arbrisseaux (1 à 3 mètres) : Les multitroncs nourriciers

Caractéristiques physiologiques :
- Basitonie marquée : développement de plusieurs tiges depuis la base (port en cépée).
- Ramification basse : structure buissonnante, densifiant l’espace intermédiaire.
- Système racinaire plus dense : exploite les couches superficielles du sol, enrichissant la biomasse.
Rôle dans le Jardin-Forêt :
- Augmenter la résilience du système en formant des haies protectrices contre le vent et le froid.
- Optimiser l’occupation spatiale en produisant des fruits sous la strate arbustive.
- Améliorer le stockage du carbone et la biodiversité.
Exemples d’espèces :
Noisetier, Argousier, Sureau noir, Cornouiller mâle, Arbousier, Troène, Fustet.
La strate des buissons et couvre-sols (moins de 1 mètre) : Les protecteurs du sol

Caractéristiques Physiologiques :
- Basitonie extrême : développement rampant ou en buisson bas.
- Ramification très basse : densifie le couvert végétal.
- Racines superficielles : optimisent l’absorption des nutriments en surface.
Rôle dans le Jardin-Forêt :
- Limiter l’érosion et protéger le sol en formant un tapis végétal.
- Maximiser l’occupation de l’espace et empêcher la prolifération d’adventices.
- Produire des fruits accessibles tout en améliorant la rétention d’humidité.
Exemples d’espèces :
Mûrier sans épines, Framboisier, Groseillier, Cassissier, Myrtillier, Canneberge, Airelle, Camérisier, Fraisier arbustif.
Conclusion : Optimiser la conception d’un Jardin-Forêt
En comprenant ces différences physiologiques et biologiques, on peut mieux concevoir un jardin-forêt productif et résilient. L’objectif est d’utiliser chaque strate pour maximiser l’occupation de l’espace tout en respectant les besoins en lumière et en sol de chaque plante.
- Les arbres acrotones créent une structure verticale et un microclimat favorable.
- Les arbustes occupent l’espace intermédiaire et assurent la transition vers la strate basse.
- Les arbrisseaux basitoniques densifient le paysage tout en fournissant des fruits et de la biomasse.
- Les buissons et couvre-sols protègent le sol et maximisent l’efficience de l’espace disponible.
Bien sûr, la nature est pleine d’exceptions et d’espèces hybrides entre ces catégories. Mais en maîtrisant ces principes, vous pourrez concevoir des jardins-forêts optimisés, à la fois productifs, esthétiques et écologiquement équilibrés.
