Comprendre la syntropie et son application au jardin-forêt
Article créer par la communauté suite à l’atelier du 11/06/2023 sur Discord
Qu’est-ce que la syntropie ?
La syntropie est l’antonyme de l’entropie. Là où l’entropie évoque le désordre, la dégradation et la simplification des systèmes, la syntropie décrit une tendance naturelle à l’organisation, à la complexification et à la coopération entre les êtres vivants. C’est l’élan vital de la nature, sa capacité à créer du lien, à générer des écosystèmes équilibrés et féconds.
Dans le contexte agricole, la syntropie devient une approche puissante : cultiver non pas contre la nature, mais avec elle, en s’inspirant de ses dynamiques.
Les bases de l’agriculture syntropique
Développée dans les années 1980 par Ernst Götsch, agronome suisse installé au Brésil, l’agriculture syntropique repose sur la régénération des sols par la plantation dense, la succession écologique, la production massive de biomasse, et l’absence totale d’intrants.

Ses principes clés sont :
- Succession végétale : plantation d’espèces qui se relaient naturellement dans le temps (des pionnières aux arbres matures).
- Stratification : superposition de plantes de hauteurs et besoins lumineux différents.
- Chop & Drop : coupe régulière de plantes biomasse pour nourrir le sol.
- Densification : plantation serrée pour maximiser la couverture du sol, la photosynthèse et la résilience.
- Zéro intrant : fertilité générée uniquement par le système lui-même.
L’approche syntropique a permis de transformer des terres arides ou épuisées en forêts comestibles fertiles, productives et résilientes, tout en capturant du carbone et en restaurant les cycles de l’eau.
Des livres pour aller plus loin
Deux ouvrages récents permettent de mieux comprendre et pratiquer la syntropie :
- Bienvenue en syntropie ! d’Anaëlle Théry (2024, Terre Vivante) : un guide pratique et illustré, fondé sur des centaines d’heures d’expérimentation en climat tempéré. Il offre des exemples concrets, des conseils de plantation et des retours d’expérience riches.
- La vie en syntropie, d’Ernst Götsch (Terre Vivante) : plus philosophique, cet ouvrage retrace la pensée et la méthode du fondateur de la syntropie. Il met en lumière le lien entre l’agriculture, la nature, et notre rapport au vivant.


Un réseau francophone en développement
En France, plusieurs initiatives contribuent à diffuser la syntropie :
- DestinationSyntropie.org : une plateforme collaborative lancée en 2024 pour connecter les acteurs, partager les ressources et former les curieux.
- La ferme des Mawagits : projet de terrain en climat tempéré appliquant les principes syntropiques.
- JOA Syntropie : le projet et la chaîne YouTube d’Anaëlle Théry, riche en vidéos pédagogiques et démonstrations pratiques.
Intégration au jardin-forêt
Le jardin-forêt, ou forêt comestible, peut grandement bénéficier de l’approche syntropique. Voici comment :
Perturbation régénérative : le « chop & drop »
La coupe régulière de plantes biomasse (ricin, consoude, ortie, topinambour…) permet de produire sur place de la matière organique qui, une fois déposée au sol, nourrit les autres plantes. Cette perturbation douce stimule la croissance, nourrit le sol, retient l’humidité et protège les jeunes pousses.

Densité élevée : occuper l’espace pour protéger et produire
Dans un jardin-forêt, on n’attend pas que les plantes se développent seules dans des espaces dégagés. Plantation serrée (>20–40 plantes/m²) pour occuper tout l’espace. On occupe dès le départ tout l’espace disponible, en superposant les plantes selon :
- leur hauteur (strates),
- leur besoin en lumière,
- leur vitesse de croissance (succession végétale),
- leur fonction dans l’écosystème (fruitière, médicinale, structurante, fixatrice, biomasse…).

Cette densité permet de :
- Créer rapidement un microclimat favorable (ombre, humidité, sol frais),
- Limiter les adventices (pas de place pour les « mauvaises herbes »),
- Protéger les jeunes plantes des stress climatiques,
- Multiplier les récoltes sur différents niveaux.
Succession et planification dans le temps
On peut structurer un jardin-forêt comme un écosystème en mouvement :
- Année 1 : espèces pionnières à croissance rapide.
- Années 2 à 3 : plantations secondaires, vivaces et fruitiers.
- Années 5 et suivantes : arrivée des arbres de long terme, qui clôturent la succession.

Cette organisation dynamique permet une montée en complexité, une stabilité accrue et une fertilité naturelle.
En conclusion
La syntropie nous invite à repenser notre rapport à la nature : non plus en tant qu’exploitants, mais en tant que co‑créateurs. Elle offre une réponse puissante à la crise écologique actuelle, en régénérant les sols, en favorisant la biodiversité et en produisant de la nourriture saine de manière durable.
En l’appliquant aux jardins-forêts, elle transforme un espace nourricier en écosystème vivant, évolutif et résilient, où chaque plante joue un rôle, et où l’humain accompagne les rythmes du vivant.
